GAR331

Directeur Général des Editeurs Français Réunis, Paris
29 rue Surcouf Paris 7e
Date: 30-04-1960
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (15-07-2017)
Folio number: 1

Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre du 28 avril et je vous en remercie car elle a contribué, effectivement, à dissiper un certain nombre de malentendus.

Ainsi que je vous l’ai déjà dit au téléphone, je n’ai nulle intention d’élever d’obstacles à la publication d’un recueil de poèmes d’Attila Jozsef. Il a été vers la fin des années 20 mon compagnon des bons et des mauvais jours à Paris et je m’occupe de l’adaptation de ses poèmes, avec plus ou moins de bonheur, depuis 1941. Vous pouvez disposer de mon travail, choix des oeuvres et collaboration avec les adaptateurs. Je considère, en effet, que nul n’a droit, dans quelques circonstances que ce soit, de s’opposer à la diffusion d’une oeuvre poètique.

Cependant, je ne pourrai pas m’associer à votre entreprise. Ainsi que vous le savez, ce recueil aurait dû paraître avec une introduction de Jean Rousselot chez Seghers, dans la collection des Poètes d’Aujourd’hui. Cette publication a été rendue impossible du fait de l’opposition de certains milieux hongrois. Or, j’estime que l’introduction de Jean Rousselot, qui a passé de longs mois à étudier l’oeuvre et la vie d’Attila Jozsef et est même allé faire des recherches sur place, était la meilleure qu’on eût jamais écrite sur le poète à l’étranger, et peut-être même en Hongrie, qu moins pour ce qui est de l’intelligence poètique de cette oeuvre. Je crois que l’interdiction qui l’a frappé a été une mesure inconsidérée et injustifiable, que les amis du poète, qu’ils soient en Hongrie ou en France, ne peuvent que déplorer. Dans ces conditions, donner mon nom au volume que vous allez faire paraître amputé de cette introduction serait avaliser les pires « procédés administraifs ». J’espère que vous comprendrez ma position.

Je regrette sincèrement d’avoir eu à prendre une telle décision, après tout d’efforts, mais c’est la seule qui me semble logique.

En ce qui concerne les poèmes que vous me demandez, j’avais effectivement tenté de faire adapter la plupart d’entre eux ; malheureusement, nous n’y avons pas toujours réussi. Ainsi je dus renoncer, après plusieurs tentatives, à « O Europe », et à « Lamentation tardive ». Pour « La Belle Femme d’Antan » nous avons fait trois versions, l’une de Guillevic, l’autre d’Anselme, la troisième de Gaucheron, mais Guillevic estimait finalement qu’aucune des trois – y compris la sienne qui, à mon avis est la meilleure – n’était parfaitement réussie. Je les joins toutefois à cette lettre. Par ailleurs, je vous adresse également un autre poème d’Attila Jozsef adapté par Guillevic : « Un Rat » que je pensais utiliser une autre fois. Enfin, je vous envoie une adaptation de Paul Eluard du poème « Consolation », dont j’ai retrouvé le texte il y a quelques temps.

Restent trois autres poèmes : « La Foule », « Ouvriers » et « Pluie » qui ont été adaptés par Jean Rousselot et publiés dans son livre : Attila Jozsef, sa vie et son oeuvre, paru il y a deux ans dans les éditions des Nouveaux Cahiers de la Jeunesse, à Bordeaux. Je n’en possède qu’un seul exemplaire, et je vous conseille de vous adresser directement à Rousselot. C’est également lui, je crois, qui possède la traduction des « Trois Mages », publiée dans le numéro de Noël 1955 des Nouvelles Littéraires.

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.