GAR256

Date: [?]
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (03-07-2017)
Folio number: 1

Mon cher Gara,

Comme je vous l’ai dit au téléphone, les chapitres que vous avez fait traduire par un de vos amis et que j’avais accepté de « relire », m’ont obligé à un véritable travail de rezriting ; en fait, j’ai dû, à chaque page, refaire des phrases entières et, à chaque ligne, corriger des fautes d’orthographe et de conjugaison ; le travail que vous m’avez remis se présente comme un magma informe, un brouillon que l’on n’a même pas relu, en « petit nègre » la plupart du temps. Pendant quelque 40 heures, c’est à dire jour et nuit depuis que vous m’avez remis ces feuillets, j’ai peiné là-dessus, recopiant certains passages après correction pour que les typographes ne s’arrachent pas les cheveux. J’ai bien peur, malgré tout, que tout cela, criblé de renvois, de rectification et de surcharges, ne soit pas déchiffrable. Il aurait fallu tout recommencer. On ne s’est même pas donné la peine, en maints endroits, de  convertir les livres ou dollars en francs, les miles en kilometres, etc... Les listes d’hôtels, de restaurants, etc... sont faites sans aucun souci grammatical. Partout, on a mis bout à bout des phrases traduites mot à mot, sans signification en français, sans sujet ou sans verbe, et sans ponctuation. Repétitions, coqs à l’âne, anglicismes, contre-sens, rien ne manque. On pêche des sardines grillées dans la méditerranée, on prend le chemin de la route, on n’écrit jamais bateau mais bâteau, une église est « impressive » etc...

Bref, je n’arrive pas à croire qu’un tel travail a été fait par un homme instruit, sachant ce que c’est que la langue française et ce que veut dire le mot traduction. En toute justice, le traducteur en question ne me semble pas mériter la rétribution d’un tiers qui avait été convenue. En tous cas, je pense que mon travail de refonte devrait m’être payé, ne fût-ce qu’au tarif femme de ménage (250 c de l’heure)...

Je compte sur vous pour voir cela. Bien amicalement votre

Jean Rousselot