GAR131

29, rue Surcouf Paris, 7ème
Date: 19-04-1960
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (05-06-2017)
Folio number: 1

Cher Guillevic,

Quelques poètes, avec lesquels j’ai eu naguère l’honneur de préparer le recueil des poèmes d’Attila Jozsef qui devait paraître chez Seghers, m’ont informé que les Editeurs Français Réunis et les Editions Corvina, de Budapest, allaient sortir prochainement un choix d’oeuvres d’Attila et qu’on leur demandait l’autorisation d’y inclure un grand nombre d’adaptations faites par leurs soins. Ils ont répondu, en gros, que du moment que nous avions fait le travail ensemble, ils liaient leur consentement au mien.

Je vous avoue avoir été douloureusement surpris de ce que personne ne se soit avisé de me demander mon accord, même pas vous qui pourtant, parait-il, êtes l’auteur de la préface. Or je pense que de tous les poètes ayant participé à cette oeuvre collective, c’est peut-être vous qui savez le mieux ce que j’ai mis dans ce travail. Cette réaction est-elle une preuve de plus de mon sentimentalisme petit-bourgeois ? Peut-être, mais j’ai bien peur de ne jamais m’améliorer sur ce point.

Lors de nos deux précédentes rencontres, je n’ai pas voulu soulever ce sujet douloureux que fut pour moi le veto opposé, en son temps, à la publication du recueil d’Attila Jozsef chez Seghers. De votre côté, vous ne m’avez rien demandé à ce propos bien que, par la force des choses, vous ne puissiez connaître qu’un son de cloche. Permettez-moi de vous dire, cette fois, que l’interdiction pratiquement opposée à la publication du recueil résulta de l’emploi de ce qu’on appelle des « moyens administratifs » injustifiés et injustifiables et pour lesquels, dans un temps plus ou moins long, quelqu’un devra encore faire son autocritique. Ce ne sera pas la première fois qu’on parlera d’autocritique à propos d’Attila. Non, je ne fais pas ici allusion à sa tragédie avec les « sectaires » du parti, mais à l’interdiction qui frappa un moment la première plaquette préparée par nos sions. Vous ignorez peut-être qu’en décembre 1955, juste avant la publication de l’Hommage des Poètes Français, on commença par l’interdire à Budapest – le choix de cet Hommage fut-il considéré comme trop « formaliste » - ou pour toute autre raison. Je déciderai de passer outre. La plaquette rencontra un certain succès, ce qui ne solda par une autocritique d’unz part, et des félicitations à votre serviteur d’autre part. Mais laissons-là cette histoire d’avant le Déluge.

Pour en revenir à la publication de Corvina–les Editeurs Réunis, ne vous froissez pas si je vous dis qu’une édition dans la collection Poètes d’Aujours’hui aurait mieux servi la gloire d’Attila que celle que l’on prépare maintenant, fût-elle précédée d’une préface de vous qui, bien entendu n’est pas en cause. Quant à donner mon consentement, qui est juridiquement nécessaire, certes, je ne le refuserai pas si on me le demande, car ce n’est pas moi qui aurais recours à des moyens administratifs pour empêcher la diffusion d’une oeuvre poétique d’{Attila, dans quelques circonstances que ce soit. Ceci, les Editions Corvina, et d’autres, devraient le savoir puisque, il y a trois ans, lorsque György Bölöni vint me demander l’autorisation de publier un certain nombre de poèmes d’Ady préparés dans les mêmes conditions que ceux d’Attila, non seulement je les lui donnai, mais je lui fournis même les textes qu’il ne possédait pas. Ceci malgré les graves divergences qui nous séparaient, mais dont, en l’occurrence, il n’était pas question de tenir compte.

Cette lettre n’est déjà que trop longue. Je n’ajouterai qu’une seule chose : si le volume des poésies d’Attila Jozsef devait paraître chez les Editeurs Français Réunis, je ne désrerais pas que mon nom fût mentionné. Je n’ai pas besoin de vous expliquer mes raisons pour que vous les compreniez.

Bien sincèrement à vous