GAR292

Budapest
Date: 22-03-1962
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (06-07-2017)
Folio number: 1

Très Cher Ami,

J’ai reçu ton adirable petit livre où tu as réussi à mobiliser une douzaine de poètes français parmi les meilleurs pour nous offrir autant de variantes du « Vieux Tzigane ». Je les ai lues avec un plaisir et une curiosité toujours plus intensives, et je t’en remercie sincèrement. Tu es vraiment le Servus Servorum (Dei) de la littérature hongroise en Douce France et tu en seras récompensé dans un monde meilleur par une félicité éternelle qui n’échoit qu’aux vrais élus de Dieu.

Mais tandis que tu te prélasses dans les gouts avant-coureurs du paradis, moi, pauvre, pauvre chatecumène je suis en proie à une angoisse touchant le sort moral et physique de mon oeuvre. Il y a à peu près une demie année que nous nous sommes vus, et tu tardes encore à m’écrire ne fût ce que pour m’avertir de l’échec de tes essais. Même si ta réponse n’était qu’un non sans nuance, la chose m’intéresse énormément pour savoir que mon petit secrèt charnel sera bien gardé partout, même chez les éditeurs et personne n’en aura vent. Je voudrais espérer que le dépouille physique de mon oeuvre recalée au bac ne me retombe sur la tête de la hauteur de la tour d’Eiffel ou dans la forme d’un petit paquet explosif à côté duquel les bombes de l’OAS font bien piètre figure. Je te prie donc de prendre garde ça ce que personne ne me renvoie rien ni directement et encore moins par l’intermédiaaire de l’Office des Droits d’Auteurs parce que ce serait un retournement des choses lugubre et fatal. Tu sais à quel point elle est jalouse ! Tu pourrais croire que je plaisante, mais un lecteur aussi assidu de l’apôtre Saint-Jean comme toi, comprendra sans difficulté que les versets de l’Apocalypse sont parfois lourds de sens.

Mais parlons d’autre chose. J’ai enfin obtenu la permission d’envoyer hors des frontières mon « Heureuse Version ». Comme on doit préciser dans le bordereau accompagnant le manuscrit, où il sera expédié, j’ai pensé à Albin Michel, qu’en penses-tu ? Je ferai ce que tu me conseilleras et je suis avide lire ta lettre là-dessus et sur les apaisements que toi, humanitaire et bon garçon que tu es, voudrais me dispenses d’urgence.

Je t’embrasse bien cordialement :

Szenczei László

Laci