GAR365

Esprit, Paris
29, rue Surcouf Paris 7e
Date: 25-11-1963
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (18-07-2017)
Folio number: 1

Cher ami,

La réponse de M. Pierre Abraham m’a beaucoup déçu. Comment peut-on employer en 1963 des formules sorties de l’arsenal de Staline et de Vischinsky ? C’est assez décourageant. Clôturons donc le débat par ces lignes :

« Ma critique parue dans Esprit est pour M. Pierre Abraham une agression. Une autre critique fait partie, selon lui, d’une série de provocations. Il m’en attribue généreusement la paternité : « même plume, même sujet ». Fâcheuse erreur ! Mais, chose plus fâcheuse encore, sa riposte ne réfute aucune de mes remarques. Au lieu d’argumenter, le directeur d’Europe préfère foncer, tel un boxeur, pour tenter de mettre k.o. par un magistral crocher, en m’accusant d’avoir exercé (comment ?) une véritable censure sur la diffusion de la littérature hongroise en France. Bing ! Et son forcing continue : « Sa réaction (la rage ?) prouve que nous avons frappé juste. » J’accuse le coup. Tout de même, la formule aurait été encore plus percutante si elle n’avait pas été quelque peu émoussée pendant la période du « culte de la personnalité » par l’objet même du culte et de ses disciples.

Tout cela me ramène à dire que peut-être n’avais-je pas entièrement tort de citer à propos du cas de M. Pierre Abraham le proverbe hongrois : le sang ne se transforme pas en eau. Au lieu d’avoir l’idée un peu surréaliste de « faire joujou...... avec l’eau et les sang », comme le directeur d’Europe me le reproche, je me suis servi tout simplement de la vieille sagesse populaire magyare pour constater que certains sectaires, quoi qu’ils fassent, restent des sectaires. Dans sa réponse à mon article, M. Pierre Abraham l’a pleinement démontré. »

Je me suis efforcé d’être concis. Votre opinion sur ces lignes me serait précieuse.

Votre bien dévoué.