GAR447

29 rue Surcouf, Paris, 7ème
Date: 21-12-1957
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (31-07-2017)
Folio number: 1

Cher Gereblyés,

Je t’écris cette lettre en français car je pense en envoyer une copie à Pierre Seghers et une autre à Henri Pichette, que tu as mis en cause sans le savoir.

J’ai lu ta lettre ouverte à Pierre Seghers dans Nagyvilag, et au cas où vous n’auriez pas pensé à en envoyer le texte en français à son destinataire – ce qui est bien improbable – je l’ai aussitôt traduite in extenso à son intention.

Je me suis gardé, bien entendu, de commenté cette lettre en l’envoyant à Pierre Seghers. Il saura bien le faire tout seul. Mais il y a un passage que je ne peux laisser passer sans mettre les choses au pont. « ...Cependans ce recueil contient quelques poèmes en prose qui ne sont signés par aucun nom, français ou autre. Plusieurs fragments laissent supposer que l’auteur est un Hongrois qui se rend ainsi hommage à lui-même. »

Si tu avais eu ce volume en mains, tu n’aurais pas manqué de constater que le texte incriminé fait partie d’un long poème « épique » d’Henri Pichette. Je ne te présenterai pas Pichette. Tu dois le connaître aussi bien que moi. Il est bien évident qu’il ne s’amuserait pas à signer un texte écrit par un quelconque Hongrois. Ce que tu ignores certainement c’est que ce remarquable poète catholique de gauche a été tourmenté pendant des semaines, pendant des mois par ce que tu appelles la « contre-révolution hongroise », et qu’il a lu là-dessus tous les textes possibles et imaginables, y compris les reportages d’André Stil dont tu te souviens si bien. On n’est pas près, d’ailleurs, de les oublier. Aussi Pichette connait-il bien la question.

Comme je te connais assez pour ne pouvoir imaginer que tu aies eu recours à une falsification consciente pour égarer les lecteurs hongrois, je dois supposer que tu n’as pas lu le volume en question et que tu en parles par ouï-dire. Aussi je me permets de te l’envoyer par la poste, et j’espère qu’il te parviendra. Je t’enverrai par le même courrier, et pour ta documentation personelle, un article de Claude Roy sur l’affaire Déry paru dans France-Observateur, et qui te montrera qu’un très grand nombre d’intellectuels français de gauche continuent à ne pas être dupes de la fameuse déclaration des écrivains hongrois (voir à ce sujet les Temps Modernes d’octobre 1957) pas plus que des explications officielles fournies à propos de la condamnation de Déry et de ses amis.

Je te prie d’agréer mes salutations