GAR201

6 Avenue de la Porte de Vincennes Paris 12ème
Date: 06-01-1964
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (18-06-2017)
Folio number: 1

Mon cher Gara,

Je n’ai pu, malheureusement, rencontrer Gyula Illyés et je le regrette beaucoup. Mais, depuis plusieurs mois, je ne vois personne et cette réclusion devient de plus en plus rigoureuse. J’ai perdu le goût de ces réunions, où chacun s’efforce de briller. Je préfère à cela le murmure doux et apaisant de la solitude. Par ailleurs j’ai aussi des ennuis de santé et je dois me soumettre, une fois de plus, à un traitement dans une clinique. Ces séances douloureuses (puisqu’il s’agit de tenter de résorber une plaie, large comme la paume d’une main) commencent demain. Je m’y soumets sans vaines récriminations.

Mais j’aimerais bien, et cela me rendrait service, que tu aies maintenant la possibilité de me régler les 500 frcs (nouveaux) qui te restent à me verser sur mes traductions, pour l’Anthologie. Avoue que j’ai évité de te harceler, à ce sujet.

Tu sais combien j’ai été déçu de constater que tu m’avais embarqué, avec les éditions Rencontre, dans une affaire où, selon l’unique lettre de Favrod que je possède, je jouais les solliciteurs. Ce qui est tout à fait contraire à mon tempérament. La démarche faite, auprès d’intellectuels israéliens, sur tes conseils, il y a quelques années, m’avait placé dans la même situation fâcheuse, et pour un résultat aussi décevant. Faut-il évoquer, également, le vain travail accompli pour ce bonhomme, dont j’ai oublié le nom (comme il a oublié de me régler) et qui consistait, tout simplement, à refaire un roman auquel il manquait tout, y compris le talent.

Je te demande donc, à l’avenir, de dissiper les mirages et de prendre de fermes assurances avant de me pousser sur les chemins pierreux et bardés de ronces, de la littérature. Quand tu as voulu vraiment agir, pour certains de nos amis, te es parvenu à tes fins. Mais tu aurais tort de ne pas voir en moi un homme clairvoyant.

Bien amicalement à toi.

Michel Manoll