GAR203

International News Service 37, Rue Caumartin – Opéra 36-30
Date: 26-08-1946
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (18-06-2017)
Folio number: 4

Exclusivité I.N.S.

« Je suis optimiste quant à l’issue de la conférence de Paris » déclare M. Jan Masaryk, Ministre des Affaires Etrangères Tchécoslovaque.

M. Jan Masaryk, Ministre des Affaires Etrangères Tchécoslovaque, recevant L. Gara|1235}, correspondant d’I.N.S., a bien voulu faire à celui-ci les déclarations exclusives qui suivent :

« Malgré les difficultés actuelles, je suis franchement optimiste quant à l’issue de la Conférence du Luxembourg. Dans les circonstances présentes, il serait difficile d’ajourner la Conférence. On pourrait peut-être trouver une solution permettant une brève interruption pendant laquelle une partie des délégués se rendraient à New-York afin de régler certaines questions surtout d’ordre administratif, qui se posent à l’O.N.U., (les questions budgétaires notamment), pour revenir ensuite à Paris.

Il y a plusieurs raisons à mon optimisme. Et d’abord, je suis optimiste par tempérament. Il est d’ailleurs trop facile d’abandonner la partie quand les choses ne vont pas comme on le voudrait. Mais je suis optimiste aussi par expérience ; toutes les grandes conférences connaissent des hauts et des bas, des difficultés et des crises. La conférence de San Francisco, par exemple, ne devait pas durer plus de trois à quatre semaines. Elle en a duré neuf et à certains moments le bruit courait qu’elle avait déjà échoué. Pourtant, elle a abouti et ce n’est que plus tard qu’on a compris combien cette prolongation avait été utile. Nous sommes à Paris pour faire la paix, pour aboutir, et nous aboutirons. »

Contre la politique de blocs

« Je suis résolument opposé à une politique de blocs. Certes, il est naturel que les pays slaves de l’Est et du Centre de l’Europe travaillent ensemble mais une telle collaboration n’a rien de commun avec le panslavisme d’autrefois, conception plus romantique que politique, et qui, d’ailleurs, ne présente aucun intérêt pratique. Notre collaboration n’est dirigée contre personne.

Il est bien facile à l’heure actuelle de parler de blocs et de souligner les divergences qui existent entre les diverses conceptions politiques. Il serait pourtant plus utile de trouver des points de contact et de tempérer les attitudes trop intransigeantes.

La Tchecosovaquie et la Hongrie

« Partant de ce même point de vue, je suis partisan d’une réconciliation avec la Hongrie. C’est à regret que j’ai dû employer, l’autre jour, à la Conférence, un langage « fort » à propos de ce pays. Mais il existe un proverbe tchèque qui dit : « Suivant l’appel que vous lancez dans la forêt, vous obtenez un écho faible ou fort. »

C’est à regret aussi que nous avons dû opter pour une sorlution prévoyant un transfert de population. Nous ne sommes pas les inventeurs de cette méthode mais dans l’état de désagrégation des forces morales que nous avons devant nous une telle solution apparaît comme une nécessité. Nous sommes cependant animés des meilleurs sentiments à l’égard d’une Hongrie qui serait vraiment démocratique et nous serions prêts à discuter avec elle toutes les questions qui nous séparent. <Je sais que certains hommes politiques hongrois comme le Comte Michel Karolyi, qui est un véritable « saint laîc », sont de vrais démocrates ».>

La France et l’Allemagne

« Nous comprenons parfaitement le désir de sécurité de la France. Elle a été attaquées trois fois de suite par le même ennemi et elle a droit à la garantie de sauvegarde de toutes les nations membres de l’O.N.U. quant à la thèse française concernant la Rhénanie et la Sarre, c’est là une question qui nous dépasse. Ce n’est pas à nous, petite nation, de proposer une solution dans ce domaine. Pour employer une formule imagée, je dirais : « Les petits lapins doivent rester chez eux et manger de la laitue ». Mais d’une manière générale je suis partisant de toutes les solutions susceptibles d’assurer la paix à la France, et cela d’autant plus que nous sommes, nous-mêmes, voisins de l’Allemagne.

La Tchécoslovaquie n’est vassale d’aucun autre pays

« Ceux qui affirment que la Tchécoslovaquie serait devenue un Etat satellite de la Russie soviétique commettent une grave erreur. Certes, nous sommes des alliés de l’U.R.S.S., cette alliance est la base de notre politique, et je crois qu’il n’y a pas de pays qui soit plus loyal et plus sincère à l’égard de la Russie que la Tchécoslovaquie. Mais notre pays, fier de ses traditions démocratiques et jaloux de son indépendance si chèrement acquise, suit en matière de politique étrangère une ligne qui lui est propre et qui n’est inspiré que par ses intérêts nationaux.

Jan Masaryk