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Franco-Hungarian Literary Relations

GAR457

29, rue Surcouf, Paris, 7e
Date: 05-04-1962
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (31-07-2017)
Folio number: 1

Cher Béla,

La Direction des Editions du Seuil m’informe qu’elle vient de recevoir la visite de deux envoyés du Bureau Hongrois des Droits d’Auteurs.

Au cours de la conversation, ils ont signalé que certains poètes hongrois se sont plaints d’être cités dans « l’Anthologie de la Poésie Hongroise » à paraître prochainement, sans qu’on leur ait demandé leur accord préalable. Ils se seraient également inquiétés de n’avoir aucune précision en ce qui concerne le règlement des droits d’auteur.

Je t’avoue que cette démarche m’a plongé dans la perplexité. Vous avez publié en Hongrie au cours de ces dernières années un certain nombre d’anthologies : celle de la Poésie Française contemporaine, celle de la Poésie Française tout court, celle des Poètes pour la Paix etc, etc. Jamais personne n’est venu, ni n’a écrit, pour demander aux poètes français – dont certains sont mes amis – pour avoir leur accord en vue de la publication de leurs oeuvres en Hongrie. Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas réciprocité dans ce domaine.

En ce qui concerne l’inquiétude éprouvée au sujet du règlement des droits d’auteur, la question se pose d’une façon différente. L’Office des Droits d’Auteurs Hongrois paie généralement – mais pas toujours – des sommes évidemment minimes, mais symboliques, aux poètes français dont les oeuvres ont paru dans des anthologies. Pas touours, ai-je dit, si je m’en r »fère aux expériences de mes amis. Mais comme il s’agit en l’occurence de paiement vraiment symboliques, la chose en soi n’a pas une énorme importance.

Tu te souviens sans doute que lors de ton séjour à Paris, je l’ai posé moi-même le problème et tu m’as très aimablement promis d’intervenir dans cette affaire une fois que je t’aurai envoyé la liste des poètes pour lesquels la question des droits d’auteur pourrait se poser. Je t’ai promis de te communiquer cette liste lorsqu’elle serait définitive.

Or, il se trouve qu’il y a exatement quarante huit heures qu’il m’est possible de t’envoyer cette liste définitive : avant-hier, en remettant les épreuves j’ai encore opéré des modifications en ajoutant certaines oeuvres, cela pour la plus grande consternation du chef des services de fabrication.

Je t’ai signalé à l’époque que pour cette Anthologie les Editions du Seuil m’ont versé une avance de quatre cent mille anciens francs, ce qui est sans doute un record pour un ouvrage de poésie, dans l’histoire de l’édition française tout au moins. Tu sais, d’autre part, que sur cette somme je n’ai touché ni un sou vaillant, ni un firelin, ni même un maravédi. C’était pour moi une sorte de « travail social ». Mais j’ai tenu à distribuer intégralement cette avance entre les collaborateurs qui ont fait le gros de l’ouvrage (à ceux qui ont traduit un ou deux poèmes, et ils sont fort nombreux, je n’ai même pas proposé les mille anciens francs qui leur seraient revenus). C’est que cette Anthologie comprendra près de cinq cent pages et environ le même nombre de poèmes.

Si tu tiens compte du fait que traduire en français des poèmes hongrois en forme régulière est à peu près trois fois plus difficile que traduire du français en hongrois (à cause des lois de la prosodie française) et que, par conséquent, il faut y passer trois fois plus de temps, tu comprendras quel sacrifice a été cette entreprise de la part des poètes français. Tu sais aussi de quel désintéressement a fait preuve l’éditeur en acceptant de publier cet ouvrage et quels risques financiers il cours. Je serais personnellement très peiné si des démarches comme celles qui ont été faites par les représentants de L’Office des Droits d’Auteurs finissaient par le décourager dans ses efforts en faveur de la littérature hongroise.

Je m’excuse de t’avoir écrit en français ; je voudrais communiquer une copie de cette lettre aux Editions du Seuil. J’espère que tu as bien reçu l’exemplaire du « Vieux Tzigane » que je t’ai envoyé. Transmets mes meilleurs souvenirs à Edith et bien sincèrement à toi.