RJ_TI001

90 rue de Saint Nom L’Etang la ville Seine et Oise (France)
Date: 05-12-1965
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (03-05-2017)
Folio number:

Cher Toth Istvan,

Une amie de ma fille, Hongroise de Cluj, lui a fait parvenir le numéro de Utunk où vous avez publié une étude sur ma poésie et des traductions de mes poèmes. Je veux vous remercier bien vivement de votre attention, vous féliciter aussi de la précision et de la vérité des informations « historiques » que vous avez données, enfin de l’intelligente analyse à laquelle vous avez procédé. Pour ne rien dire de la bienveillance exersis avec laquelle vous avez présenté mon travail – si étroitement lié (vous l’avez senti) à ma vie et à mon espoir. Que peut faire un poète pour remercier un autre poète ? Lui offrir le dernier poème qu’il a écrit. Alors, voici celui que j’ai fait hier. Acceptez-le pour ce qu’il est : une poignée de main un peu triste, mais pas désespérée.

            Votre ami

Jean Rousselot

 

Pour TOTH Istvan ou : « à la tienne, Etienne ! »

Il doit bien exister quelque part
Quelqu’une
Autre part –
Et pas ailleurs qu’ici, sur la terre à renards
Où les chants et les rues se nomment « du Départ ».
On croit la flairer parfois
Sous les hangars que la pluie bat –
Mais la pluie ne dure pas toujours – ;
Dans la boue où l’on est tombé
La face la première –
Mais il faut bien qu’on se relève
Car il y a des rires, même si l’on est seul – ;
Dans le lit d’hopital où l’on a le droit
De se vider
Comme un maharadja –
Mais il faut promettre de mourir
Ou de guérir – ;
Ou bien encore dans la petite embolie
Que l’on a pour un oiseau qui nous giffle,
Pour un train qui nous hurle –
Mais c’est affaire de glandes, de nerfs – ;
Dans la promesse d’été, d’enfance et de pain beurré
Que nous fait, à chaque coup, la vieille horloge des familles –
Mais ce n’est que du fer sur du fer – ;
Dans le garrot mousseux des jambes de la femme –
Mais il faut que ça cause
Mais ça veut quo l’on cause.
Alors, où est-elle, l’autre part
D’ici,
La grande pluie qui ne s’arrête pas,
La convalescence infinie,
Le ridicule qui ne tue personne,
L’horloge que l’on n’a pas besoin de remonter,
La grande mémé silencieuse
Qui est plus nous-même que nous,
La baleine qui ne vomira pas Jonas ?

4.12.65
Jean Rousselot


Publications

Christophe Dauphin–Anna Tüskés : Les Orphées du Danube: Jean Rousselot, Gyula Illyés et Ladislas Gara. Suivi de Lettres à Gyula Illyés, par Jean Rousselot. Soisy-sur-Seine, Éditions Éditinter, 2015, 434-435.