RJ_IGY011

90 R. de St Nom Etang la ville (S. et O.) France
Budapest II Jozsefhegyi u. 9. (Hongrie)
Date: 01-04-1959
Language: French
Repository: Private ownership
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (19-04-2017)
Folio number:

Mon cher ami,

J’ai été heureux d’avoir de vos nouvelles et je vous aurais répondu plus tôt si je n’étais débordé de travail. Ika a passé ses vacances avec nous. Elle s’entend très bien avec Anne-Marie et je crois qu’elle se plaît ici. Longues séances de lecture et de musique, promenades dans les bois et, de temps en temps, incursions parisiennes (lèche-vitrine, musées et cinéma), voila pour le programme. Ika est très bien élevée, douce et gentille. Elle finira par s’apprivoiser tout à fait. Si l’on fait la moyenne arithmétique avec Anne-Marie, qui ne cesse de raconter des histoires, on arrive déjà a un beau résultat d’éloquence !

Malheureusement, ces vacances ont été quelque peu assombries : le père de ma femme, qui vivait avec nous, est tombé gravement malade et nous avons du le faire transporter d’urgence a l’hôpital. A l’heure qu’il est, Yvonne est auprès de lui. Nous ne savons pas si les médecins réussiront à le tirer d’affaire.

Demain (jeudi) je dois accompagner Ika chez ses cousins. Elle passera avec eux ses derniers jours de liberté. Mais nous voudrions bien qu’elle revienne le plus tôt possible avec nous car elle fait maintenant partie de la famille et nous l’aimons comme notre enfant. Dites-lui bien, dans vos lettres, qu’elle ne doit avoir aucun scrupule à nous « déranger » comme elle dit...

J’en arrive maintenant à votre si gentille invitation, renouvellée dans votre dernière lettre. Nous avons bien réfléchi et, finalement, nous avons préféré remettre à plus tard, à l’an prochain par exemple. Voyez-vous, notre séparation d’avec notre fille aînée est encore trop récente. Nous nous sentons perdus, frustrés, quand {Anne-Marie|| n’est pas là. Vous devez éprouver la même chose, puisque vous ne voyez votre Ika que deux mois par an... Alors, voulez-vous ne pas nous tenir rigueur ?

Le Petőfi est près au point. Le plus long a été la dactylographie. J’ai besoin seulement de quelques jours de tranquillité pour le relire de bout en bout, corriger les fautes de frappe. Ensuite, je remettrai un exemplaire à Seghers. Nous avons d’autre part des ouvertures fort sérieuses de la part de Gallimard. Vous serez tenu au courant, bien sur...

Je voudrais maintenant vous demander quelque chose : 1) de dire à Geza Képés, s’il le peut, de faire envoyer un exemplaire de son anthologie à Michel Manoll 6 avenue de la Porte de Vincennes, Paris (nouvelle adresse) 2) d’insister auprès de Weöres pour qu’il m’envoie l’autre anthologie, le gros volume où je figure également. Un jeune poète hongrois, Csernus Akos, m’en a montré un exemplaire. J’ai écrit à Weöres qui m’a répondu à côté de la question. Mais peut-être est-il difficile d’envoyer ce gros ouvrage ?

Que cela, surtout, ne vous cause pas de dérangement !

Voilà, je dois vous quitter. J’entends du Ravel dans la chambre des filles. Ika dit qu’elle va vous écrire ce soir. Et moi je me remets à mon Gengis-Khan, ouvrage de pure compilation, bien sur, et qu’il ne me serait pas venu à <sorti> l’idée d’entreprendre si on ne me l’avait commandé. Je vous enverrai dans quelques jours un long poème de moi que Seghers vient d’éditer. Cela me tenait évidemment plus à cœur. Ci-joint un petit carton « pour information... rétroactive » et mes vives amitiés pour vous deux.

Jean Rousselot


Annexe

Carte d’invitation : « Le Soleil dans la tête ODE. 80-91 10, rue de Vaugirard, Paris (6) Métro Odéon ROUSSELOT GUACHES Vernissage le 17 Février de 17 à 20 heures »

Publications

Tüskés Anna : Jean Rousselot levelei Illyés Gyulához. Válogatás = Lymbus 2009. pp. 365-409.

Tüskés Anna : Jean Rousselot et Gyula Illyés au miroir de leur correspondance (1956─1983) = Revue d'Études Françaises 18 :(hors série) 2013.

Christophe Dauphin–Anna Tüskés : Les Orphées du Danube: Jean Rousselot, Gyula Illyés et Ladislas Gara. Suivi de Lettres à Gyula Illyés, par Jean Rousselot. Soisy-sur-Seine, Éditions Éditinter, 2015, 279-281.