GYA054

6 rue Offenbach 06 Nice
Date: 24-06-1972
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (10-02-2018)
Folio number: 2

Mon cher Berci

J’attendais pour t’écrire – comme je l’ai écrit à Magda et à Nándi et te dire notre joie de t’avoir revu à Budapest, de te suffoser (?) de retour à la maison. Et voilà que je reçois, ce matin, envoyé par Klari, le no 6 de Kortárs avec ton poème Ős-anyak que je trouve très beau et qui me touche infiniment. Or je m’apprêtais dès hier à t’écrire pour un motif à la fois proche de cette publication et un peu différend Depuis mon retour à Nice, j’ai fait la connaissance du conservateur de la bibliothèque municipale, Guy Rohan qui est écrivain (3 romans chez Gallimard, collaborateur à la NRF) et qui s’est montré si sympathique, si ouvert, si intéressé par ce que je lui disais de la Hongrie, que je lui ai fait part de mon désir d’essayer de contribuer à une meilleure propagation de la littérature hongroise contemporaine. Il s’est montré tout de suite disposé à m’aider.

Il prétend que si je réunis et traduis – poèmes et textes en prose (nouvelles ou fragments de romans pouvants former un tout) à la fois récents et inédits en France d’écrivains hongrois contemporains, la NRF s’y montrera intéressée. Il pense même à un numéro spécial consacré à la littérature hongroise, le dernier numéro paru à la RNF, par exemple, étant consacré à la littérature contemporaine italienne. Je ne sais pas s’il n’est pas exagérément optimiste – en tout cas on peut essayer.

Ce que je te demande donc est de choisir le texte de toi dont tu me confierais la traduction que aimerais voir figurer dans un numéro de la NRF (ton poème par exemple? ou un extrait de tes souvenirs dont tu m’as parlé mais que je ne connais pas et qui d’après ce que tu m’en a- dit seraient particulierement aptes à donner un aspect de la vie hongroise telle qu’elle existait dans un village lors de ton enfance, avec les figures que tu évoques.) A toi de voir ce que tu préfères. De toute façon Rohan, connaissant le peu d’intérêt marqué par les Français pour la poésie, voudrait qu’à côté vos poètes des prosateurs soient suffisamment – quant à lui, il m’a promis au cours des semaines qui viennent de parler de la question avec ceux qui prennent les décisions à la NRF. (Artaud, Dominique Aury d’entre autres) avec qui il est en amitié. De toute façon s’il prend tous, le projet ne pouvant se concrétiser qu’à partir de l’hiver. Et dans ce cas puisqu’il envisage la nécessité d’une présentation en une page et demie par moi de la littérature hongroise contemporaine, j’aurais besoin de tes conseils car entre 1949 et 1972, beaucoup de choses dans le domaine littéraires ont tout de même eu lieus que je n’ai pu suivre. J’écris dans le même sens pour qu’ils me donnent des textes à Illyés, Déry (dont je viens d’avoir une lettre après que je lui aie écrit tout le bien que je pensais de son dernier livre) Vas István, Örkény (qui sera demain à Paris où il veut voir Claude Roy qui doit adapter son Macskajáték que nous avons vu au Pesti Színház et que j’ai aimé) Hubay Miklós, Boldizsár – mais il y a quelqu’un que je ne sais comment atteindre et dont je ne connais absolument rien depuis 25 ans, Weöres Sándor. Pourrais-tu me donner son adresse et puisque tu m’as dit combien il s’était affirmé comme poète, me conseiller à son sujet, ou même, si cela ne t’embête pas, lui parler de la question en attendant que je puisse lui écrire pour qu’il me confie deux ou trois poèmes (car on ne sait jamais d’avance avec un poème si la traduction arrive où en faire quelque chose.)

Par ailleurs j’ai envoyé à Corvina - sur l’initiative de Hubay – les textes de ce que j’ai retrouvé ici parmi les articles que j’avais publiés dans la Nouvelle Revue de Hongrie ou mes préfaces à l’Art Hongrois, à l’exposition (?) etc. (?) m’écrit qu’il vont voir les textes, chercher à la Bibl. Széchényi ce que manque, et après avoir examiné les conditions du marché, me dire quelle décision ils peuvent prendre.

Ton voyage en Suisse t’a-t-il permis de retouver beaucoup d’impressions de tes anciens séjours? Comment vas-tu? Il y a un très grand souffle dans ton poème, c’est merveilleux de te lire ainsi.

Nous t’embrassons Irène et moi, de tout coeur, mon cher Berci

François