FG_TI53

Nice
Date: 21-12-1972
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (26-07-2017)
Folio number: 1

Ma chère Ili,

Lorsque cette lettre te parviendra, tu seras déjà à Budapest et j’espère que les voeux que je t’adresse te trouveront en meilleur état moral que ne le montrait ta dernière lettre, grâce à la présence de ta chère maman et de ton fils. Merci, avant tout, de la photographie où je te retrouve bien même si tu parles dans ta lettre de tes 54 ans – que dirais-je de mes 71 passés – et des photos de tes tableaux. La photographie en couleurs me donne maintenant une idée de ta palette actuelle, elle est à la fois sobre et riche et d’une grande délicatesse. J’imagine très bien que l’Intérieur doit être traité par toi dans le même esprit de concentration ? Et dans les paysages marins de Yougoslavie ou celui du Balaton, j’admire ce difficile équilibre que tu réalises entre la solidité de la construction et le déploiment d’une sensibilité frémissante qui donne l’impression d’une grande fraicheur d’inspiration ? Je suis très heureux d’avoir ces photo et de pouvoir les regarder souvent. Bon moyen de communication entre nous à travers la distance.

Je suis très triste de savoir que tu te sens très seule à Linz et que ton état d’âme est très précaire.

Aussi j’aimerais beaucoup que tu puisses répondre à notre invitation, changer de climat moral et te sentir entourée, en même temps que j’aurais assez de choses à te montrer à Nice et aux environs.

J’ai terminé ma traduction de Krúdy. Je l’ai envoyée à Paris mais sans grand espoir qu’elle paraisse. Les éditeurs ne publient pas volontiers un livre de nouvelles – même si j’estime qu’il s’agit plutôt dans ce cas de petits romans. D’ailleurs les tendances actuelles – en vogue du moins – de la littérature française, comme celles du théâtre ou du soi – disant art de la soi – disant avant-garde ne peuvent que me déplaire. Et un Krúdy ne risque guère d’être apprécié à cette époque. Comme je l’ai traduit par plaisir et pour voir ce que cela peut donner en français, je ne serai ni surpris ni déçu si je ne peux rien en faire. Mais en ce qui concerne mon activité littéraire, je me sens très hors du temps, peu encouragé à travailler maintenant. Je me contente en ce moment de préparer une conférence pour mon prochain séjour à Karlsruhe sur Valery Larbaud, Européen exemplaire. Je le relis avec le même admiration qu’autrefois, essaie d’en tirer le plus possible et pour l’instant cela m’occupe et me suffit. Si j’avais pour ce que j’écris, l’ardeur et la foi que tu as dans la peinture !

Un très bon séjour à Budapest, ma chère Ili. Tous mes voeux pour toi, ta délicieux Maman, ton mari et ton fils. De très beaux tableaux en 73 et je fais tous mes voeux pour que nous nous revoyions. A toi de tout coeur. Mille amitiés d’Irène

François