NNA012

Paris
Date: 12-01-1963
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (12-05-2017)
Folio number: 1

Chère Agnes Nemes-Nagy,

J’ai été desolé d’avoir dû décommander notre rendez-vous. Toute une soirée à parler avec vous de la poésie bien aimée, quelle joie s’aurait été. Helas il m’a fallu passer quinze jours dans mon excécrable Montceau-les-Mines natal pour m’occuper de ma mère et je vais devoir y retourner bientôt car je n’ai pas pu trouver pour elle de solution autre que précaire, je suis très démoralisé.

Vous m’avez parlé si bien, en peu de mots, de ma poésie ; d’une tension en elle résultant d’un conflit entre un sentiment exprimé et un autre tu (ainsi : quand la mélancolie se cache sous le bonheur (Armoire) ou la tendresse sous la révolte (les Noels) que j’ai la certitude d’être pleinement aimé et rendu dans votre langue par vos soins. Je regrette de n’avoir pu lire avec vous Armoire d[?] le rythme hongrois et les autres textes que vous avez eu l’amitié de traduire. Et je regrette aussi de ne pas savoir votre satanée langue (en vérité, je suis stupide et ne connais guère plus anglais, allemnad ou italien) pour connaître dans son invention originale votre poésie que j’aime d’après les traductions que j’ai lues et que je pressens m’être fraternelle. Quand nous reverrons-nous ? Au mois de mai 1963 je dois aller à Varsovie puis à Moscou, comme membre du Comité de la COMES. Je pense que la Hongrie ce sera pour l’année 1964. Mais peut-être reviendrez-vous à Paris d’ici-là ?

Présentez, je vous prie, mes regrets à Monsieur Darvas pour n’avoir pu me rendre à la reception de la Legation hongrois pendant votre séjour, mais j’étais absent de Paris pour les raisons que je vous ai dites. Et dites aussi, s’il vous plait, à Gereblyes que j’ai regretté de n’avoir pu le rencontrer (j’ai eu de gentils rapports avec lui quand il était à Paris).

Faites mes amitiés à Gyula Ilyes, à Flora et à Ika, et présentez mon cordial souvenir à votre mari et à tous mes amis hongrois, sans oublier Monsieur Raba que vous remercierez de ma part pour ses traductions des Rois mages, dont vous m’avez dit merveille.

Je vous présente tous mes voeux pour 1963, chère Agnès, et vous prie de me croire très cordialement votre ami.

André Frénaud