NNA058

Colgate University, Hamilton N. Y.
Date: 1976
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Draft
Publisher: Tüskés Anna (13-05-2017)
Folio number: 1

Cher Monsieur Berlind,

Vous m’avez posé deux questions dans votre lettre écrite en français. (C’est très gentil de vous mais vous pouvez m’écrire en anglais aussi.)

1. Medárd-zöld : « Vert-de-Médard » Médard est un saint des calendries européens dont le jour est le 8 de juin. Par la foi de peuple si le jour de Médard était pluvieux, on pourrait attendre une période de pluie de 40 jours. La croyance a un fond réel, la période d’après- Médard peut être celle d’une sorte de mousson en Europe, celle des tempêtes équinoxales (« nap-éj-egyenlőségi vihar »). Alors, le « vert-de-Médard » veut dire : un vert fort des prés sous la pluie d’été, un vert frais, puissant, même orageux, plus vert que le vert. D’ailleurs cette expression (« vert-de-Médard ») n’existre pas en hongrois, c’est faite par moi, mais un hongrois après une minute de réflexion la comprend. Si la fonction de Saint Médard « qui porte de la pluie » est inconnue chez vous – et je le crois bien – il ne faut pas mentionner son nom ancestral. Un adjectif du « vert » (fort ? rageux ? virulant ? sauvage ? de début d’été ?) sera assez en remplacement.

2. Dobrokol : une forme fréquentative du verbe « dobog ». (ici : piaffer ; ce sont les chevaux qui piaffent dans mon poème). Une expression rare en hongrois, venue du dialecte, sans importace notionnelle. Je l’ai usée pour l’acoustique du mot ; c’est bon pour faire entendre les mouvements des chevaux (citons le bons vieux Virgile : Quadrupedumque putrem sonitu...) Mais c’est une petite nuance seulement, plus caractéristique de la langue hongroise que de moi.

Cher Monsieur le Professeur, je suis vraiment très heureuse en voyant vos questions qui touchent les détails même les plus modestes de mes textes. Mille remerciments !

En vous attendant à Budapest, je voudrais vous envoyer, M. Berlind, mes salutations les plus sincères.