SA021

13100 Aix en Provence, 1, avenue Maurice Blondel
Date: 10-04-1983
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (01-09-2017)
Folio number: 2

Mon cher ami,

merci pour votre lettre et aussi pour avoir pensé à me faire téléphoner par notre ami Pődör. Je lui ai demandé de faire parvenir le manuscrit en question aux Publications Orientalites de France qui désirent le publier. Cette maison d’édition est en réalité une association soutenue par le Centre National de la Recherche Scientifique et a son siège 2, rue de Lille dans l’immeuble de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, appellation nouvelle des Langues Orientales. Elle a fait réimprimer mon « Premier livre de hongrois » et a sous presse la traduction d’A kőszívű ember fiai.

Une nouvelle réunion, « de travail » celle-ci, s’est tenue le 3 février dernier au Ministère de la Culture mais je viens seulement d’en être avisé. On a simplement piétiné sur place si j’en juge par le bref compte rendu que j’ai sous les yeux. Une nouvelle liste, plus ample, a été établie. Sa lecture me rend perplexe. Ainsi, il est proposé de publier A magyar nyelv életrajza de Bárczi Géza alors que l’essentiel de ce qu’il a enseigné se retrouve, dûment cité, dans mon Edification de la langue hongroise, spécialement écrite pour les Français. Moi, je veux bien qu’on traduise et publie ce beau livre d’un ami très cher mais qui l’éditera ? J’ai eu toutes les peines du monde à me faire paraître dans la Collection des publications des universités de Paris ? aux frais de CNRS, et combien espère-t-on vendre d’exeplaires de ce genre de littérature ? Je lis qu’on veut également faire publier le livre de Kroo György sur Bartók mais nous avons déjà le très bel ouvrage de Gergely János, en trois volumes, édité par la toute puissante Revue Musicale à l’intention du public français, que j’ai personnellement revu et qui a été très apprécié.

Autre surprise, on propose de traduire encore une fois Madáche ! On veut republier la Vie de Petőfi de notre ami Illyés. Mais cet ouvrage n’a pas eu de succès et n’en aura pas car il ne se comprend que si l’on a déjà une connaissance approfondie de Petőfi. D’ailleurs, le volume paru pour le 150e anniversaire de sa naissance n’a eu aucun écho. Que voulez-vous ? Petőfi n’est pas chez nous d’actualité. Ne le prendront en considération que ceux qui ont étudié le hongrois ou acquis des connaissances de l’histoire de la littérature hongroise. Combien sont-ils ? Mais il y a mieux. Quelqu’un a proposé une « Anthologie de textes et de manifestes des avant-gardes hongroises des années vingt » (sic). Qui lira ça ? C’est se moquer du monde et une pareille plaisanterie suffit à déconsidérer cette « réunion de travail ». Il faut vous dire qu’il n’y avait qu’un Français présent, notre ami Jean-Luc Moreau. Je crains que cette comédie touche à sa fin. On ne fera rien de bon sans les spécialistes français. On a vu où nous a menés la quasi-exclusion de ces derniers. [...]