SA006

13100 Aix-en-Province, 1, avenue Maurice Blondel
Date: 22-09-1977
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (01-09-2017)
Folio number:

Mon cher ami,

merci pour votre petit envoi qui m’apporte si gentiment des nouvelles de vous et me rappelle votre amitié. J’ai beaucoup regretté de n’avoir pu vous rencontrer lors de votre dernier passage en France mais je sais qu’Aix est loin de Paris. Et pourtant, des choses importantes se passent dans notre région qui gravite autour de ce qui est devenu la deuxième ville de France et un nouveau pôle d’attraction d’où, hélas, la Hongrie persiste à être absente. [...] Il serait temps de penser à y faire entendre la voix de la Hongrie (la Roumanie et le Bulgarie sont ici depuis déjà quelques années).

Je me réjouis avec vous que le Livre de Poche ait publié le livre de notre pauvre Déry mais je regrette et ce choix et sa traduction. Le livre n’est pas « grand public » et le rendu en français n’est pas réussi. Cela dit entre nous. Quand se décidera-t-on à laisser à des connaisseurs français du hongrois la possibilité de traduire directement de l’original au lieu de passer par un « brouillon » plus ou moins cohérent, « rattrapé » par un homme de lettre français qui n’a pas vécu lui-même le texte original ? Puisque je m’adresse à l’ami que vous êtes, je crois pouvoir dire la vérité, si déplaisante qu’elle puisse être. Une bonne part de l’échec des tentatives faites pour introduire la littérature hongroise en France vient de l’extraordinaire façon dont elle est traduite. Cela s’expliquait tant que personne en France ne se donnait la peine de faire l’apprentissage du hongrois mais tel n’est plus le cas et la procédure détestable qui continue à sévir est un archaïsme intolérable.

Ce qui intervient également pour disuader le grand public français de lire des traductions du hongrois, c’est le choix des ouvrages qu’on lui offre. Les braves gens qui s’affairent pour faire connaître la littérature hongroise n’ont aucune idée du goût du public. Je vous concède tout de suite que la littérature hongroise n’est pas seule en cause car les même maladresses sont commises par nos amis finlandais, estoniens, etc. Ce qu’il aurait fallu faire paraître dans le Livre de Poche, ce sont des chefs d’oeures tels que Halal fiai, Uri Muri, Rozsa Sandor, etc. sans parler des Mikszath et de tant et tant d’autres. Je suis sûr que le Dozsa de Gergely Sandor, par exemple, aurait un succès considérable car les gens adorent ce genre d’évocation romancés de l’histoire et il en serait de même de Fekete Varos, etc.

J’avais traduit pour ma part le 1er volume de Rozsa Sandor qui est l’un des meilleurs livres de Moricz. Il me l’avait demandé. Quand on a voulu le faire éditer, j’avais remis 4 copies à l’Institut Hongrois et par un hasard curieux, ces 4 copies ont successivement disparu. Dobossy Laszlo a essayé de retrouver au moins la trace de la dernière, celle remise à l’Institut en 1965. Peine perdue. Je me suis refusé à me défaire de la 5e, la seule qui reste. Tant pis si elle ne voit pas le jour...

Vous trouvez ci-joint un extrait du Figaro d’aujourd’hui. J’ai pensé qu’il vous intéresserait mais peut-être vous sera-t-il déjà parvenu.

Quad reviendrez-vous faire un tour en France ?

En attendant, dites mes amitiés autours de vous et croyez moi votre bien dévoué Aurélien Sauvageot