SA009

Date: 14-10-1979
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (01-09-2017)
Folio number: 2

Mon cher ami,

c’est avec plaisir que j’entrerai en contact avec votre nouvel ambassadeur. Pour ce qui est de M. Klein, je n’ai guère de contact avec lui, ce que je déplore car ses prédécesseurs avaient eu la gentillesse de venir me voir et nous avions eu des entretiens qui n’étaient pas sans intérêt.

Les publications que je recois de Hongrie régulièrement sont És, Kortars et Uj Iras et naturellement des périodiques linguistiques. Ce que je regrette, c’est que tel ou tel livre particulièrement caractéristique ne me parvienne pas. C’est qu’il m’est pratiquement impossible de savoir en temps utile ce qui se publie. On me fait le service de la publication Le livre hongrois mais il me parvient trop tard. Il en est d’ailleurs de même des ouvrages scientifiques. Ainsi, on ne m’a pas fait parvenir le 3e et dernier volume du bel ouvrage intitulé A magyar szokészlet finn-ugor elemei alors que j’ai reçu des publications dont je n’ai que faire telles que Nyelvunk és Kulturank, qui sont certes intéressantes mais qui sont utiles dans les centres où l’on enseigne le hongrois or, ici, malheureusement, nous n’avons toujours pas d’enseignement. Comme vous le savez, je m’efforce de rendre compte de ce que je reçois. C’est surtout les ouvrages ou périodiques linguistiques dont je peux publier des comptes rendus. Je le fais depuis 1932 dans le Bulletin de la Société de Linguistique de Paris qui est de diffusion mondiale (plus de 2000 exemplaire de tirage, tout entier adressé aux membres et aux abonnés). [...] Autrefois, je recevais de temps en temps un roman ou un recueil de poèmes que nos amis de Pest estimaient digne d’être connu en France mais depuis plusieurs années, je ne reçois plus rien. Telle est la situation. [...]

Oui, je suis au courant de la parution en Argentine d’une traduction pirate de Découverte de le Hongrie. J’en avais été informé par notre ambassade à Buenos-Ayres. C’était bien avant la guerre et c’est tout ce que je sais. Comme l’Argentine n’avait pas signé le traité sur la protection des droits d’auteur, il n’y avait rien à faire. Mais je trouve le procédé peu élégant.

Ce malheureux petit ouvrage ne m’a valu que des désagréments. Il a été interdit en Hongrie lors de sa parution. A Paris, la Hongrie n’intéressait personne et quand mon vieil ami Guy, qui animait un Cercle des amitiés internationales très actif, a eu organisé un débat à son sujet, je me suis heurté à une violente critique de la part de plusieurs personnes présentes qui blâmaient son inspiration « marxiste ». Les quelques derniers exemplaires ont été envoyés au pilon sous l’occupation. En 1947, un éditeur a voulu le rééditer mais il y a vite renoncé pour des raisons purement financières. Je ne tenais d’ailleurs pas à le republier puisque ce que j’y avais écrit était devenu caduc. Cela n’avait plus que la valeur d’un témoignage de circonstance. Cela n’a pas empêché un certain Georges Kassai de l’exhumer dernièrement pour signaler qu’il s’agissait d’un livre « raciste ». C’est du moins ce qui est parvenu à ma connaissance mais je n’ai pas eu sous les yeux la critique en question. Le personnage dont il s’agit tient absolument à me montrer sa gratitude pour les services que je lui ai rendus car il m’a attaqué de différants côtés et toujours pour me dénoncer comme je ne sais quel reciste invétéré. Vous savez mieux ce qui en est. Comme il a fait paraitre au moins une de ses attaques (avec citations tronquées, cela va sans dire) dans le Matin, organe qui se prétend socialiste, je suppose qu’il y a derrière tout cela, non seulement quelque animosité personnelle mais aussi le fait qu’il ne m’est pas pardonné de manifester trop souvant mon attachement à la Hongrie et mes bonnes relations avec votre République populaire... Seulement un Hongrois qui veut garder contact avec la Hongrie actuelle ne peut se permettre de laisser voir trop clairement son jeu. On espère me discréditer et à partir de là je serais neutralisé. C’est du moins le sens de la manoeuvre. [...]

Croyez, mon cher ami, à l’expression de mes sentiments les plus cordiaux. Aurélien Sauvageot