SA044

13100 Aix en Provence / 1,avenue Maurice Blondel
Date: 07-02-1986
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (26-10-2017)
Folio number: 2

Cher ami,

une fois de plus,c'est un énorme quel je réponds à votre lettre. Comme excuse, que je ats depuis des semaines et des semaines avec une 'ms sorte de grippe vicieuse qui a allég<t>erai que je me bats depuis des semaines et des semaines avec une sorte de grippe vocoeise qui a atteint presque tout le monde ici. Il s'agirait d'un virus avec celui qu'on attendait...

C'est donc seulement maintenant que je vous félicite du succès de votre dernier, et trop bref, passage à Paris. Vous avez remporté un succès mérité et contribué encore mieux que jamais au resserrement des liens qui unissent nos deux pays. Nous vous en sommes reconnaissants.

Autre satisfaction ; un Centre d'Etudes  hongroises a enfin été créé, comme vous 1e savez, à Paris III,1a faculté où enseigne mon fils.C'est I'aboutissement de longs efforts auxquels Perrot a pris la plus grande part. Le projet de ce Centre avait été conçu dès avant la derniére guerre mais les événements n'en avaient pas permis la réalisation.

A ce propos, je constate cue l'on se fait chez vous une idée fausse de ce qu'a été et est l'enseigmement d' une langue dams une grande école telle que l'institut National des Langues et Civilisations Orientales, dénommé naguère Ecole Nationale des Langues Orientales viventes. On ne se contente pas d’y enseigner la langue en tant que telle. On y initie également à l'histoire de la littérature, à la sociologie, à la connaisbance des institutions et à l'histoire. C'est en suivant un cours sur Ady qu'Armand Robin, Roger Richard, Jean-Luc Moreau ont découvert Ady par exemple.A cet égard, je viens d' éprouver une autre satisfaction Moreau  <est> plusieurs élèves on trauit et viennent de faire paraître une traducxion exemplaire de Tengerszem. Ils sont pas les seuls ainsi que vous pourrez vous en rendre compte par les coupures ci-jointes.

Cela rappelle ce qu'on oublie trop hors de France: rien d'import ne se fait sans l'Universiteté. Ce n'est pas pour rien que nous passons pour un peuple dont l’élite se rectute par des concours ez  où les universitaires ont jpué rôle dans littérauture. Songeons àun Romain 021 i,. peuple aussi où le, univerjtaires Rolland, un Giraudox, Jules Romains, Sartre, Jean Preve[ ?]ikor, etc, etc.

Les coures ci-jointes vous montreront aussi une zone « culturelle » imoortante. La plus importante après Paris. C’est une raison de plus pour déplorer qu’aucun enseignement du hongrois n’existe à Aix, en dépit des demandes réitérées. S’il y en a um à ice, c’est parce que Madeleine Csécsy l’assure bénévolement. Elle vient à Aix de temps en temps pour pendre part aux travauy du Cercle linguistique d’Ais en Provance.

J'ai lu dans les Informations Hongroises que Gachot vient de recevoir la médaille Pro Cultura Hungarica. Il l’a amplement méritée. Dommage que cette distinction vienne seulement maintenant. Il est vrai que mieux vaut tard que jamais. Ce qui m'a surpris, c’est qu'il aurait oeuvré en Hongrie « après 1925 en<n>tant qu'attaché aux affaires culturelles et ne presse ». Or, en 1925, c'était Jean Carrère <...> qui avait pris la succession de Jean Mistler. En outre, il n'y a eu des attachés culturels qu'après la guerre. Ce sont tous des universitaires. Quant aux attachés de presse,ils se recrutent dans le corps dimplomatique. Ce qui s'est passé en réalit, c'est que Gachot a été embauché pendant la guerre parce que la Légation ne pouvait avoir personne d'autre. Le guuveinement de Vichy était dans possi.bilité d'envoyer personne.id.en de tout cela ne nue les mérites de Gachot mais cela prouve que le Bureau d'Information n'est pas très bien reseigné. C'est inquiétant.Le petit extrait que je vous ai envoyé de mes mémoires personnels peut en effet être gêuant mais je n'y peux rien. Il y a dans ce que j’ai écrit bien des choses qui surpendront at même choqueront les historiens « documentalistes ». C’est que les documents ne reflètent jamais ce qui s’est passé dans la réalité. La plupar sont truiqués. Représentez vous ce que les documents nous apprennent sur les combats, par exemple. A lire les communiqués officiels on ne comprend p1us rien. Tout le monde est victorieux. I1 y a même des « trous » dans la documentation officielle. Et ne parlons pas du chapitre [ ?] des négociations secrètes. Nietzsche avait raison de dire que l’histoire est la fiction des fictions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis résigné à écrire ce que j'ai vécu. Encore ai-je été contraint d ‘observer la fameuse obligation de réserve qui vous condamne à déposer aux archives nationales tel texte dangereux ou jugé tel pour y demeurer 50 ans. Il est vrai que si, ce qui est moln cas, on a un fils et un peuit-fils, on est forcé de faire attentioe à n'en pas révéler trop.Il est dangereux d'être seul à connaître bien des langues de faible diffusion et d’être en même temps fonctionnaire. On vous réquisitionne et souvent on vous expose à de réels dangers. Ivonontairement, j’ai été mêlé à beaucop de choses, je direai même à trop de choses. C'est dangereux. Il ne fait pas bon en savoir trop.Gachot en a fait l'amère expérience quand il a été prié de quitter la Hongrie sans délai. Quand je me suis retiré à Aix, je lui avais écrit et il m'avait répondu mais ensuite il a cessé de ne répondre et je ne lui plus écrit. Nos conceptions littéraires et artistiques ne sont pats du tout les mêmes. Il avait pourtant bien commencé. Son premier 1ivre (Jeu de dames) était bien écrit et révélait un certain talent. Je n'ai jamais compris pourquoi il n'a pas persévéré. D'autan moins qu'il connaissait tres bien Cocteau, lequel à l' poque faisait la pluie et le beau temps sur la place de Paris. Est-ce atavisme ? Mon grana-père, mon grand oncle et mon père sont tous sortis de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts. Mon grand-père, Claude, a été l’ami et l’illustrateur de Viollet-le-Duc dont les restaurations ont été très cirtiquées et sont maintenanr réhabilitées. Mon grand-oncle était, ainsi que mon père architecte. Il a été l'un des restaurateurs des monuments du moyen-âge. I1 a restauré la cathédrate de Rouen et l’église St. Pierre de Montmartre. Quanl j’étais tou enfant, il était architecte en chef de <la> cotte [ ?]  Ville de Paris à laquelle [ ?] vous êtes tellement attaché et aussi Inspecteur Général des Monuments historiques. C'est lui qui m'a donné mes premières leçons de dessin. Pourtant, je ne ccrpis pas que ce soit eux qui m'aient légué ma conception de l'es thétique. J'ai passé la plus grande partie de mon enfance dans l'Emire Ottoman puisque je suie né comme vous le sau à Constantinople. J'ai été élevé dans le culte de l'art grec et romain.Vous comprenez que pour poi, le clivin [ ?] Picasso et ses émules me font orreur. Il me souvient que le premier heurt que j’ai eu avec Gachot s'est produit quand il a voulu mefaire admirer l Potomac do son ami Cocteau. Nous étions loin l'un de l'autre.Ce que je cherchais, c’était la beauté. J'ai toujours détesté les figures d'épouvante des démons sculptés dans nos cathédrales ou dans certains temples hindous ou mexicains. Je suis pour l’harmonie et la mesure. Le pauvre Gachot n’a pas réussi àme convaincre. Il a pensé que j’étais un attardé ne comprenan rien à rien Pourtant, dans d'autres cas, nous étions d'accord, par exeple pour condamner sans appel les traductions faites par équipes. Nous pensions que le traducteur doit revivre Armand Robin, comme le font Roger Richard et Jean-Luc Moreau.

Ce qui nou a distingués aussi, c'est qu'il s’est plu dans la Hongrie d »avant la guerre alors que je m’y suis senti trèd mal. Ce qui m’a fasciné, c’est la nation hongroise, son destin, sa civilisation. Et par dessus tout : la langue hongroise. Si j’ai été l’ami d’un Babits, d ‘un Kosztolányi, d’un Móricz, c’est parce qu’ila avaient compris que je respectais leur langue autant qu’eux. Nyelvében él a nemzet.

Tandis que j'écris ces lignes, la France est en pleine campagne électorale. Elle est aussi sous l'émotion causée par les attentats qui viennent d'être perpétrés un peu partout. Dans la nuit de samedi à dimanche, un poste de police a été plastiqué à Aix et un autre à Marseille à peu près à la même heure, vers minuit et demi.Ce sont les indépendantistes corses qui l'ont « revendiqué ». Les autres jours, nous uvons eu uroit à deum hold up (une banqoue et un magasin à grande surface), sans parler des habituels viols (perpétrés le plus souvent par des Maghrébiens), les perpétuelles agressions de femmes seules, les bols d’autos et aussi les actes de vandalisme<....>, etc. A part cela, la ville est calme.. Jusqu »à pésent nous avons échappé aux intempéries. Notre « micro-climat » nous en a protégés. J ‘espère qu’il en est de même pour vous et que le voyage à Paris ne vous a pas trop fati ué.

Croyez-moi votre fidèle et dévoué

Aurélien Sauvageot