DOB058

13100 Aix-en-Provence, l’avenue Maurice Blondel
Date: 08-01-1977
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (27-10-2017)
Folio number: 1

Mon cher ami,

merci pour votre lettre qui m’a beaucoup touché. Croyez que je pense moi aussi souvent à notre rencontre et aux heures que nous avons vécues ensemble, au coude à coude.

A  la réflexion, je constate que nous avons toujours été d’accord, même tacitement, et que nous avons pris les mêmes positions aux moments critiques. Vous souvient-il de cette nuit de noë1 passée chez Irja Spira en 1941? Nous étions prisonniers du couvre-feu et nous attendions de voir poindre une aube incertaine qui allait peut-être se lever pour notre perte commune. C’était l’ époque où je veillais jusqu’à minuit pour prendre l’émission de Moscou. Jamais je n’ai entendu les accents de l’ Internationale avec autant d’émotion car cela signifiait qu’ils tenaient toujours et cela était confirmé par l’annonceur et son govorit Moskva !

Cui, nous avons traversé bien des adversités et je me prends parfois à estimer que nous n’avons tout de même pas été sans frire quelque chose.Je me félicite de vous avoir eu auprès de moi tant aux émissions de la Radio qu’à l’Ecole Nationale des Langues Orientales (devenue comme vous le savez l’Institut National des Langues et Civilisations (Orienteles de Paris III). Merci pour tout cela.

Vous avez raison d’agir en de faire instaurer un enseignement du hongrois à l’Université de Provence (I) où le <...> [ ?] est déjà présent depuis bien des années. Il est regrettable de ne pas trouver de présence hongroise dans un centre aussi important. Songez que notre région se développe à un rythme vertigineux. Marseille a gagné 400.000 habitants en moins de 20 ans. Aix avait 72.000 habitants en 1968, quand nous sommes venus nous y installer, et le dernier recensement nous donne  14.000 âmes ! Dans même temps, Salon a doublé sa population ,Mnrignane triplé la sienne,etc,etc.lci,nous avons plusieurs insituts éngers qui se sont associés à l’universjté : un allemand, un américain, un scandinave, un alegrien, etc.

J’ai essnyé d’amener mes collègues d’ici à fonder un lectorat de hongrois spontanément mais les slavistes s’y dont posés parce qu’ils veulent accaparer crédts disponibles. C’est donc pour une sordide histoire de gros sous que je n’ai pas abouti. Il ne reste plus qu’à espérer une initiative de votre gouvernement. Je le déplore parce qu’il serait temps de faire connnître enfin le son de cloche de la Hongrie dont on ignore souvent jusqu’à l’existence. Les gens n’ont naturellement aucune idée de ce qui se passe chez vous et quand je je le leur explique, c’est tout juste si l’on ne me prend pas pour un agent de la propagande hongroise. Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas croire ce qu’on leur expose. D’ailleurs, la plupart sont persuadés, comme vous le savez, que le hongrois est un obscur dialecte slave et que les Hongrois ne se démarquent pas des Tchécoslovaques ....

Vous voyez qu’il est urgent que vos efforts réussisent. C’est le voeu que j’ajoute à ceux que ma femme et moi formons pour vous et pour Madame Dobossy au seuil de cette année 1977 dont on nous dit qu’elle sera dure nour les Français sinon pour les autres. Rappelez-moi au bon souvenir de tous vos collègues. Dites-leur que je suis quotidiennement parmi eux en pensée et que je me sens toujours indéfectiblement attaché à votre université. Croyez-moi, mon cher ami, votre bien dévoué

Aurélian Sauvageot


Annexe

Le livre hongrois a cinq cents ans. Dans son dernier numéro de l’année 1973, la revue littéraire Új írás (Nouveaux écrits) a pris prétexte de la commémoration du 5-e centenaire de l’imprimerie hongroise pour poser aux écrivains qui y collaborent les 4 questions suivantes : « 1) quel est le livre écrit en langue hongroise depuis cinq cents ans d’imprimerie, <...> dont la lecture a exerce et exerce encore à ce jour sur vous la plus grande influence ? 2) Quel est le livre de la littérature hongroise du passé qui a été injustement oublié et <....> qui mériterait d’être redécouvert ? 3) Quel est le livre hongrois que vous distinguez dans la littérature de ces dernières années ? 4) (Question <...> indiscrète que nous vous prions d’aueillir avec humour) Quel est le livre hongrois classique, très connu, souvent mentionné, que vous n’avez pas lu? » En lisant les réponses (au nombre de 54) données avec plur [ ?] ou moins d’embarras et plutôt moins ǀ : que plus : ǀ d’humour, je n’ai pas pu ne pas m’examiner à mon tour. Pendant un demi-siècle, je me suis nourri des chefs d’oeuvre et plus généralement des livres produits par les écrivains de langue hongroise. Ne doisje pas me demander de mon côté ce que j’ai retenu de cette perpétuelle fréquentation de tant d’esprits divers ? Et n’est ce pas un devoir que de témoigner en pareille occasion ? Par gratitude envers la nation qui m’a prodigué généreusement tant de rishesses ? Envers les hommes aussi, pour leur faire connaître que ce qu’ils ont dit n’est pas resté sans écho, que la voix hongroise ne s’est pas perdue dans le désert ? Bien que je ne sois ni écrivain ni Hongrois, je vais es-rayer de répondre à ces questions qui ne <...> m’étaient pas destinées mais qui m’ont quand même touché. Car elles posent un problème qui intéresne la littérature hongroise tout entière : celui de sa valeur, de son efficacité. N’est-elle qu’un instrument pour le seul usage intérieur ou peut-elle reven-diquer le droit d’être reconnue comme l’une des contributions les plus précieuses de la nation hongroise à la civilisation dont nous faisons partie ? Où en sommes-nous donc ? Je ne puis répondre qu’en mon nom, ce qui veut dire que les jugements que j’ai formés sont, comme toute appréciation personnelle, subjectifs et donc sujets à caution. On voudra bien les considérer comme tels. L’écrivainqui a exercé sur moi la plus grande action a été sans nul doute le poète Endre ADY. Je ne l’ai pas découvert tout de suite après mon arrivée en Hongrie car les étudiants charitables qui voulaient bien me servir de mais tres de langue hongroise à l’Ecole Normale Supérieure de Budapest (Eötvös József Collegium) ne parlaient alors que de leur ancien condisciple Dezső Szabó dont ils raffolaient. D’autre part, on m’avait présenté en premier lieu Alexandre Petőfi et János Arany comme les « grands de grands » de la poésie hongroise. Mais ni l’un ni l’autre de ces deux grands hommes ne m’était alors accessible car je n’avais pas vécu la passé hongrois et ǀ : par ailleurs : ǀ [ ?] une partie de ce qu’ils exprimaient me semblait avoir un vieil air de connaissance. Endre ADY, c’était autre chose. Certes, il avait commencé par quelques productions qui avaient un relent attardé de baudelairisme plus que de verlainisme [ ?] mais il s’était vite affranchi de cette mode pour devenir un poète neuf dont le verbe frappait fort. Les particularités de sa langue, les excentricités de sa versification, qui déplaisaient alors tant à beaucopp de Hongrois, ne me gênaient pas. En revanche, il y avait le mouvement, le rythme, les images, le contenu. C contenu ne jaillissait pas seulement de sa sensibilité mais d’une méditation plus profonde qui mettait en cause toute la <....> société du temps, pas seulement celle de Hongrie. C’était l’homme aux prises avec la passion, avec ses instincts, avec ses fatalités et, parmi celles -ci, il y avait tous les atavismes, y compris l’ atavisme national. L’individu souffrait de son appartenance à une nation, à un milieu social, à un destin extérieur contre lequel il fallait lutter pour demeurer soi-même. Finis les états d’âme plus ou moins élégiaques, on faisait face à la réalité de la vie qui met à mal l’individu parce qu’il y a contradiction entre le collectif et le personnel. Parce qu’aussi, la société tout entière était <...> travaillée par des contradictions. C’était particulièrement vraie de la Hongrie qui n’avait pas réussi à se débarrasser des entraves où l’enserrait toujours un féodalisme attardé, devenu de plus en plus intolérable.