BLE_PIM068

11b rue de Montreuil 75011 Paris
Date: 27-01-1984
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (22-09-2017)
Folio number: 5

Cher Monsieur,

Plutôt que de vous faire une mot d’accusé de reception à mon retour en France, plus tardif que prévu, où j’ai trouvé votre envoi du 17 janvier, j’ai préféré prendre d’abord connaissance de la littérature que vous avez eu l’obligeance de m’adresser. Aussi ai-je à présent de vous, de vos activités présentes ou passées, une idée qui n’a cessé de se préciser à mesure de mes lesctures.

De ma visite du 12, trop briève assurément, j’avais emporté l’impression que la France était pour vous beaucoup mieux qu’un simple sujet d’agrément. Je suis maintenant bien sûr qu’elle vous occupe entièrement et, en tant que français, j’en éprouve – vous l’avouerais-je ? – un plaisir indubitable. Au reste, la pièce où vous m’avez reçu m’a laissé sur le sentiment que j’y étais, en quelque sorte, dans un milieu privilégié où l’on ne pouvait décemment parler que de mon pays. Tout n’y évoquait que la France, sa littérature, son histoire, ses arts. A deux pas d’un diplôme du collège patophysique, assiégé comme en une forteresse par vos livres en rangs séries, tous, de près ou de loin, relatifs à la France ou à ses relations avec la Hongrie, je me faisais l’effet de passer en revue les soldats à la parade. C’est pour moi un souvenir si attachant que, si d’aventure je reviens à Budapest, je ne manquerai pas de vous prier de bien vouloir renouveler pour quelques heures le plaisir que j’y ai trouvé.

Et puis, il reste tout de choses à se dire, n’est-il pas vrai ? Comment ne regretterais-je pas que notre rencontre n’ait eu lieu que la veille de mon départ pou Munich alors que j’étais à Budapest depuis un mois ? Je crois qu’il y a là, de ma part, une réaction quelque peu égoïste. En deux heures, j’ai appris de vous tout de choses que j’éprouve tout naturellement le désir d’en apprendre encore. Je suis resté, comme on dit, sur ma faim. Il est vrai que votre livre « Arpadine » et les coupures de presse du 17, ont contribué à assouvir mon appétit mais savez comme moi que l’appétit vient en mangeant. Je suis en face d’une galerie de portraits où les personnages souvent hauts en couleurs – je pense à Teleki Sándor, à Elisée Reclus,... – côtoient des esprits distingués du genre André Gide ou des esprits éteints tel le vieux Desjardins ramassant les mégots à quatre pattes dans la salle de Pontigny. Je me suis beaucoup instruit, mais il m’est arrivé aussi de m’amuser franchement.

Il y a un hongrois que j’aimerais vous voir évoquer un jour, bien que je ne sache pas qu’il ait eu beaucoup de rapports avec mon pays, c’est Berzencey László. Vous le citez dans le numéro de Noël 1983 de Új Tükör consacré a Teleki et aux émigrés des îles anglo-normandes. Pourquoi cet intérêt pour Berzencey ? Parce que je l’ai rencontré à Érd en visitant le musée géographique, où il figure en bonne place comme inlassable voyageur des contrées lointaines, et particulièrement de la Chine. Aller en Chine dans les années où il le fit n’était pas à la portée du premier venu. Il me plairait d’en savoir plus sur lui.

Vous m’avez demandé de faire coier la partie de la géographie universelle d’Elisée Reclus qui concerne la Hongrie. Dès mon retour j’en ai informé le professeur Chartier, secrétaire de la Société française de Géographie, qui ‘a promis de s’en occuper. De mon côté, je prendrai pour vous une photo du buste et du portrait de Reclus qui se trouvent au siège de la Société lorsque j’aurais l’occasion d’y aller. Il vous faudra toutefois être patient car en cette saison je ne prends pas beaucoup de photos et la pellicule en comporte trente-six. L’intérêt de cette documentation iconographique, c’est que le portrait de Reclus par Eugène Carrière est inconnu. Il figurait jusqu’à ces temps derniers dans la famille de ce peintre.

Un petit mot encore, avant de terminer. Dans l’article de « Film, szinhaz, muzsika » du 26 juin 1982, vous dites que Pierre Dux est un membre influent du parti « giscardien », ce qui voudrait dire le « parti républicain ». Ce n’est pas exact. Pierre Dux est depuis toujours gaulliste. Il appartient au comité central du R.P.R. (Rassemblement pour la République) qui est le parti dont Jacques Chirac est le président fondateur. Il en est même le conseiller pour les affaires de culture. Lors de la campagne présidentielle de mai 1981, il faisait partie du comité national de soutien à la candidature de Jacques Chirac et il était « orateur national » ce qui veut dire qu’il se déplaçait en province pour animer des réunions publiques. Détail sans importance, me direz-vous, mais j’ai constaté à vous lire que vous êtes un homme précis, toujours soucieux d’exacitude et c’est pourquoi je me suis permis de vous apporter ce petit correctif-là.

Heureux de vous avoir connu et de correspondre avec vous, je vous assure, cher Monsieur, de mes meilleurs et distingués sentiments.

B. Le Calloc’h