BLE_PIM028

Date: 14-03-1976
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (20-09-2017)
Folio number: 1

Mon cher Claude,

Tu as sans doute reçu ma carte qui t’avait annoncé que j’ai entamé ton gros volume. Je viens de l’achever. Jamais peut-être je n’ai trouvé, écrivain pourtant, les mots aussi dérisoires lorsqu’il faudrait que j’exprime avec ces véhicules aléatoires tout ce que j’ai ressenti pendant cette lecture sublime ; comment te dire la joie spirituelle soutenue par le souvenir toujours rejailli – rien que le Café Montana où j’ai vu Courtade faire un petit bécot pas très dans la ligne à Juliette Gréco – et appuyée par une amitié affectueuse de quarante ans. Aussi préfèré-je y renoncer en te disant simplement que je suis d’accord avec Foucault : les trois tomes du T.I. constituent autant de solides piliers qui portent l’Histoire. Le grand insecte solitaire que Tu es a tissé une toile digne de Saint-Simon, et je suis persuadé, aussi osé que paraisse peut-être ce que j’avance, que tes Journaux continuent ce qu’il a commencé et qu’ils seront lus, au cours des siècles futurs, avec autant de profit et autant de plaisir... Rien que le titre est une jolie trouvaille qui relie Apollinaire à Malraux, à l’ESPOIR dont la version scénique sera présentée le 9 avril ici. (Je lui ai écrit une lettre ; depuis le camarade qui de droit a donné son accord afin qu’Il soit invité ; je ne sais pas quel est son état de santé et surtout quelles sont ses dispositions à l’égard d’un tel voyage... mais mon espérance est violente... Tu pourrais lui dire éventuellement qui est son adaptateur.) Je ne savais pas que Tu étais en rapport avec P. Lainé dont L’IRRÉVOLUTION a paru ici il n’y a pas longtemps avec ma postface. Par ailleurs, je regrette qu’en choisissant si bien et d’une manière si évocatrice le titre de la seconde partie, Tu n’ais invoqué Zola dont l’ASSOMOIR, Tu le sais bien, se passe dans ce quartier sordide, avec le café du Père Colombe et le lavoir de Gervaise. Comme toujours, j’ai grifonné un index à la fin de ce volume aussi... Je me demande qui pouvait bien être la belle Hongroise (p. 106) inconnue « qui parle français comme une Française ». (Je sais qui Louise était l’épouse d’un comte magyar – Pálfy – et qu’elle avait passé sept ans ici ; je viens de lire d’ailleurs sa Madame D... et j’en ai rédigé un rapport positif pour être traduite.)

Après tout ce bavardage qui doit t’ennuire pas mal, j’en viens à l’essentiel : j’ai, bien entendu, rédigé un rapport favorable à ma maison d’éditions en conseillant un choix, mais je n’ai guère d’illusions car pour les deux précédents volumes on ne m’a pas écouté... Par contre, j’ai parlé avec le directeur de la revue NAGYVILÁG où j’ai écrit un article sur le second tome et où j’ai publié le chapitre PROUST dans le numéro de février 75, et j’ai proposé de commenter en général ce nouveau tome et traduire la fin, c’est-à-dire la passionnante aventure madrilène. Il est d’accord et je dois le faire en 8 jours afin que cela puisse paraître dans le numéro de juin (celui de mai est déjà à la composition). Cet un travail que je fais avec beaucoup de plaisir d’autant plus qu’après avoir adapté L’Espoir, mon coeur demeure en Espagne, terre de mes espérances juvéniles car moi aussi j’ai crié, quand j’avais vingt ans : Des avions et des canons ! et j’ai assisté au meeting tristement célèbre du Luna-Parc où l’innocent Blum a annoncé la non-intervention... (Je te prie de me dire la signification du sigle F.R.A.P., car j’avour, tout honte bue, que je ne le sais pas...)

Je te prie de croire à mon admiration fervente.