GLV019

Date: [?]
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Typed letter
Publisher: Tüskés Anna (24-05-2017)
Folio number: 1

Traduction textuelle de la dernière strophe de « Frère et soeur »

Et je serais devenu enfant – ton enfant
Pour que si je t’enlace, je t’enlace ainsi (=enfant)
Pour entendre dès maintenant tes paroles consolatrices
Chose que l’amour ne donne que bien tard
Je t’enlaçai comme un frère sa soeur
Adoucissant le péché du goût du désir ancestral
C’est ainsi que je m’endormis, ton plus fidèle amant
Lorsque la première nuit prit fin.

Les deux premiers vers exposent un thème cher à Illyès (voir « l’endormie ») à savoir que l’homme se sent souvent un enfant à côté de la femme bien-aimée.

L’enfant n’est-il devant vous ô dormeuse
Qu’un petit garçon.

Le troisième et le quatrième vers exposent les raisons du désir exprimé dans les deux premiers vers (il est à souligner qu’il ne s’agit pas ici d’inceste maternel : l’idée d’inceste n’apparait qu’au cinquième vers). Je pense qu’il n’y a rien d’obscur dans ces deux vers : les tout jeunes amoureux ne pensent guère à échanger des paroles de consolation.

Au cinquième vers apparait effectivement une idée d’inceste, mais je crois qu’Illyès veut dire surtout que la communauté d’âmes entre lui et la bien-aimée était telle qu’elle lui paraissait presque une soeur. Leurs étreintes avaient donc un caractère légèrement incestueux : c’est ainsi, je crois, que les Hongrois lettrés comprennent ce poème.

Votre traduction me parait donc exacte avec la petite correction de sens que je vous ai proposée.

Il me semble que ce qui peut vous troubler, c’est l’expression consécutive de quatre désirs contradictoires
1 Le poète veut redevenir un enfant
2 Il veut voir se former entre lui et sa bien-aimée des relations propres à un couple depuis longtemps uni
3 il veut se sentir le frère de sa bien-aimée
4 et entretenir une liaison avec elle.

Mais, en fait, ces désires ne sont pas inconciliables. Il s’agit sûrement de plusieurs aspects du même amour : les termes d’« enfant » et de « frère » veulent indiquer la profondeur de l’union et ne sont nullement incompatibles.

Pardonnez le caractère pédantesque de ces explications : commenter une poésie, est, vous le savez bien, chose toujours ingrats.