RG001

Date: En la Vigile de la Pentecôte 1960
Language: French
Repository: Petőfi Museum of Literature
Document type: Letter written by hand
Publisher: Tüskés Anna (18-05-2018)
Folio number:

Cher Monsieur Rab,

Figurez-vous que j’ai entendu la petite vieille si sympathique de Sabaria dire à un groupe de touristes (car elle allait de-ci de-là, d’un groupe à l’autre, écoutant d’abord et bientôt glissant son message, un peu loquance, un peu bavarde) donc je l’ai entendu dire à un moment: que la fausse statue de l’empereur, quand on la regardait en direction de l’église, au moment du coucher du solei, en se plaçant là, tenez, là (et elle virevolta pour aller se placer légère sur une sotre de bloc qui traînait sur la place, et elle frappa de sa canne en disant „là, là”, pour pointer l’instant d’après dans la direction de l’église). « Quand on regarde juste vers le portail de l’église pour que la statue s’y encadre, il y a un moment où le reflet du soleil l’mclqire de telle sorte au1on voit apparaître clairement la mitre et la crosse et l’anneau au doigt, et alors on sait que c’est Saint Martin, on le sait sans aucun doute possible. »

Mais le plus amusant, c’est que, le soir, tandis que les gens attendaient un peu énervés, on en a vu plusieurs qui, mine de rien, de loin, en quinpant comme ça sur un talus ou sur une ruine, essayaient d’adopter la perspective montrée par la vieille et louchaient dans la direction de la statue et de l’église. Ils n’allaient pas à la pierre elle-même, parce que là se tenait le conducteur du car, un pied négligemment posé et tournant ostensiblement le dos à la statue. Tout de même, dans le soir lourd et où montait l’orage, il s’épongeait de temps à autre. Les gens le regardaient souvent d’un oeil neutre. Le soleil s’est couché et le ciel est devenu tout rouge. Soudain une fillette, genre émancipée, une gamine qui n’avait pas fiser aux yeux et qui venait de comploter avec d’autres coquines comme elle, s’est approchée d’un air innocent. Elle a posé quelques questions anodines du conducteur. [...]

Ce qui précède est écrit à la va-vite et n’a aucune valeur littéraire. Mais peut-être en tirerez-vous quelque chose. Le thème me plairait.

Autre idée : pourquoi saint Martin n’a-t-il pas donné tout son manteau au pauvre ? Je crois qu’il faut renverser l’objection et dire qu’il a été tenté de donner tout son manteau : orgueil, protection dominatrice. Sartre dit : « C’est commode de donner. Ça tient à distance ». A quoi Lanza del Vasto répond : « Ne donne pas, partage ». Saint Martin a voulu rester enveloppé dans cette moitié de manteau qu’il avait partagé, qu’il partageait encore avec un pauvre (car on dit en français qu’ils avaient le même manteau en partage).

Y a-t-il dans les autres histoires place pour une tentation originale comme celle-là ? Ce serait alors « les trois manteaux » mais aussi « les trois tentations de St Martin » « SABARIA ou les les trois tentations de St Martin »

J’y vois aussi une nuance de leçon au capitalisme. Au moment où l’on attaque le diable communiste il n’est pas mauvais de montrer que le christianisme est la vraie 3ème voie au dessus du marxisme et du l’esprit bourgeois ou capitaliste.

Bonnes fêtes de la Pentecôte.

Ah ! l’article auquel j’ai songé pour vous dans Dieu vivant est celui du P. Louis Bouyer « Le problème du mal (ou du Malin) dans le christianisme antique ». Il est long mais il vaut la peine, bien que l’accent ne soit pas mis sur ce que je vous disais, à savoir que derrière les chefs de ce monde, il pourrait bien y avoir les anges bons ou mauvais. C’est une idée de Cullmann et, je vois, du P. Daniélou. Mais Bouyer parle du démon comme quelqu’un qui y croit !

Amitiés

R P Bourdeau